
Par la rédaction | Lecture : 6 min
Un cadavre dans la cuisine, une poignée de suspects qui jurent n’avoir rien vu et une grille qui ressemble furieusement à un sudoku : bienvenue dans Murdoku, contraction de murder (meurtre) et de sudoku. Notre canard a troqué ses dés contre un crayon bien taillé, allumé sa lampe de bureau et ouvert le carnet d’enquête. Le coupable n’a qu’à bien se tenir.
Murdoku n’est pas un jeu de société, mais un livre de jeux de logique imaginé par le Montréalais Manuel Garand. Sa version française, Murdoku l’original, est parue le 2 septembre 2026 chez Albin Michel : 208 pages en couleurs, 80 énigmes de difficulté croissante, pour 14,90 €. On y joue seul, crayon et gomme en main, et l’on peut s’y mettre à deux, penchés sur la même scène de crime.
Sortez vos loupes, l’enquête commence !
La Thématique : un crime par page#
Chaque énigme est une petite affaire criminelle. Une scène de crime illustrée occupe la page : une boulangerie, un casino, un tournoi d’échecs, une ferme, un opéra, un café, un yacht de luxe ou un chantier de démolition. La victime gît quelque part, les suspects ont tous un alibi plus ou moins solide, et c’est à vous de reconstituer qui se trouvait où au moment du drame.
Le dessin n’est pas là pour faire joli : les pièces, les meubles, les plantes et même les animaux font partie de l’enquête. Un indice peut placer un suspect sur une chaise, à côté d’une fenêtre ou dans la même pièce qu’un autre personnage. On pense au Cluedo, mais sans dés ni cartes : ici, tout se joue à la déduction pure.
L’idée est née en 2020. Manuel Garand et son épouse, Cindy, adoraient résoudre ensemble des jeux de logique, à qui irait le plus vite, avec une préférence pour la bataille navale logique, où l’on place des bateaux sur une grille à partir d’indices. Il imagine alors d’y placer des suspects plutôt que des navires. D’abord proposées gratuitement sur son site, ses enquêtes passent par les pages du Financial Times avant d’être publiées en livre en Amérique du Nord, à l’automne 2025. Moins d’un an plus tard, Murdoku est un succès de librairie traduit en quinze langues : la série dépasse le million d’exemplaires vendus, selon son éditeur américain.
Mécanique : de quoi ça parle ?#
Le principe tient en une phrase, et c’est toute sa force : comme au sudoku, il ne peut y avoir qu’une seule personne par rangée et par colonne.
Comment ça marche ?#
- La scène de crime : une grille quadrillée, découpée en pièces et parsemée d’objets. Certaines cases peuvent accueillir quelqu’un, d’autres non.
- Les suspects et la victime : chacun arrive avec un indice sur l’endroit où il se trouvait ou ne se trouvait pas. « Elle était assise dans le salon », « il se tenait à côté d’une plante », « personne ne l’a vu dans la dernière colonne »…
- La règle d’or : une seule personne par rangée et par colonne. Chaque suspect placé bloque donc toute sa ligne et toute sa colonne pour les autres.
- L’élimination : on commence par les personnages les plus contraints, on raye les cases impossibles, et la grille se resserre peu à peu. Le crayon et la gomme sont vos meilleurs alliés.
- Le coupable : une fois tout le monde en place, la victime occupe la dernière case libre. L’assassin est la personne qui se trouve seule avec elle dans la même pièce. Implacable.
Les grilles vont du niveau facile au niveau expert, et certaines ajoutent des règles spéciales qui renouvellent les réflexes. En fin de volume, les solutions sont expliquées étape par étape, pour vérifier son raisonnement ou se débloquer.
À quoi cela ressemble-t-il ? Au sudoku pour la grille, au Cluedo pour l’ambiance, et à Murdle, l’autre phénomène des énigmes policières en librairie, plus bavard et plus textuel. Si vous avez aimé mener l’enquête autour de nos tables avec La Grande Illusion, vous retrouverez ici le plaisir du déclic, en version solo.
Les points forts : ce qui séduit les joueurs#
- Une règle limpide : elle s’explique en trente secondes, et pourtant les grilles expertes donnent du fil à retordre aux esprits les plus affûtés.
- Des scènes qui fourmillent de détails : chaque illustration est un petit monde à explorer, où le moindre tabouret peut faire basculer l’enquête.
- Le plaisir du déclic : placer le dernier suspect et voir le coupable apparaître, seul avec sa victime, procure une satisfaction très particulière, à mi-chemin entre la grille de sudoku terminée et le dénouement d’un roman policier.
- Une progression bien dosée au départ : les premières affaires, abordables, font office de tutoriel, et les règles spéciales viennent ensuite relancer l’intérêt. Pas de fil rouge entre les enquêtes : on les fait dans l’ordre que l’on veut.
- Des solutions détaillées : elles ne se contentent pas de donner le nom du coupable, elles déroulent le raisonnement.
- Quatre-vingts enquêtes pour moins de 15 €, sans écran ni batterie : de quoi occuper bien des trajets, des salles d’attente… et les fins de soirée au club.
- On peut essayer avant d’acheter : le site officiel propose des enquêtes gratuites, en français, à jouer dans le navigateur.
Les points de vigilance : ce qui pourrait fâcher#
- Ce n’est pas un jeu de société : Murdoku se pratique seul, ou à deux autour de la même page. On écrit dans le livre, et une grille résolue ne se rejoue pas.
- Une difficulté qui s’envole : passé la quarantième énigme environ, les grilles se corsent nettement, et les dernières affaires donnent du fil à retordre même aux plus aguerris, selon de nombreux lecteurs de l’édition originale.
- Quelques grilles têtues : sur les plus difficiles, certains lecteurs disent avoir dû tâtonner, ou jeter un œil à la solution, faute de trouver la déduction suivante. Et les explications, claires dans l’ensemble, ne disent pas toujours pourquoi une case est impossible.
- Des traductions à surveiller : des lecteurs d’éditions traduites ont relevé des indices ambigus, voire contradictoires, et quelques illustrations en désaccord avec le texte. Reste à voir si l’édition française y échappe.
- Des cases douteuses : on hésite parfois à savoir si tel objet peut accueillir un suspect. Les lecteurs du deuxième volume saluent d’ailleurs un grisé plus net pour les cases interdites, signe que la question se posait.
- Un livre qui se consomme : une fois les 80 affaires bouclées, il ne reste qu’à passer à la suite.
Verdict#
Murdoku réussit un mariage que l’on croyait improbable : la rigueur du sudoku et le frisson du roman policier. La règle tient en une phrase, les scènes de crime fourmillent de détails, et le moment où le coupable se retrouve seul avec sa victime au bout de la dernière case est un petit plaisir dont on redemande.
Ce n’est pas un jeu à sortir sur nos tables du vendredi, mais un compagnon idéal entre deux parties, pour les amateurs d’énigmes, de Cluedo et de cases à cocher. Et pour ceux qui auront bouclé les 80 enquêtes, la suite arrive vite : un deuxième volume, 80 crimes à élucider à travers les âges, de l’âge de pierre au Far West, est annoncé chez Albin Michel le 4 novembre 2026. Crayon bien taillé, gomme à portée de bec : le coupable n’a aucune chance !

